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entretien entre Marianne Cloutier (MC), commissaire, et les trois co-tilulaires de la Chaire : Marie-Marthe Cousineau (MMC), François-Joseph Lapointe (FJL) et Vardit Ravitksy (VR)

 

MC : Comment est né le projet de la Chaire McConnell-Université de Montréal en recherche-création sur la réappropriation de la maternité?

 

FJL : Je suis actuellement détenteur d’une subvention de recherche-création portant sur la maternité comme dispositif artistique. Je fais de la recherche-création à l’Université depuis plusieurs années. Quand j’ai vu passer l’appel à candidatures pour la Chaire McConnell-Université de Montréal en recherche-création, je me suis donc tout naturellement senti interpellé. La perspective de trouver comme co-titulaires des collègues provenant d’autres Facultés et une thématique de recherche commune va totalement avec mon expertise en recherche-création. Je connaissais déjà Vardit pour avoir collaboré avec elle sur un autre projet intersectoriel. Vardit est une spécialiste en bioéthique de la reproduction. Je l’ai contacté et elle a tout de suite accepté. Il me semblait cependant qu’une collègue en sciences humaines pourrait se joindre à nous pour ajouter à nos expertises. Je connaissais aussi Marie-Marthe Cousineau, sociologue et criminologue spécialisée en violences faites aux femmes. Je lui ai demandé de se joindre à l’équipe et c’est suite à nos discussions communes que nous avons déposé le projet de Chaire en recherche-création sur la réappropriation de la maternité.

 

MC : En quoi la Chaire est-elle ancrée dans vos propres intérêts de recherche et/ou de recherche création?

 

VR : Pour moi, les violences autour de la naissance, et surtout durant la grossesse qui est la période sur laquelle je travaille en bioéthique, sont des enjeux très importants. J’ai lu dans la littérature qu’il y avait de plus en plus de recherches sur le sujet pour le définir et le quantifier. De plus, de nombreuses femmes et le milieu activiste considèrent qu’il n’y a pas assez de données, mais aussi que le milieu clinique n’est pas assez conscient des expériences vécues par les patientes.

 

MC : Est-ce que ce sont des sujets de vos recherches passées?

 

VR : Le concept de base de mon programme de recherche est l’autonomie des femmes dans le contexte de la procréation médicalement assistée. Ça touche les tests prénataux, mais aussi l’accouchement. Pour moi, l’éthique de recherche est de mettre l’accent sur l’expérience vécue et le point de vue de toutes les parties prenantes, des cliniciens aux décideurs. Ça me parlait beaucoup de connaitre l’expérience des femmes dans ce contexte et l’idée de recherche-création répondait à ce besoin de passer plus rapidement des résultats de la recherche à l’action, à la dissémination des connaissances vers le public, mais surtout vers les cliniciens qui sont en déni du phénomène.

 

MC : C’est intéressant en effet de penser que la dissémination se fait plus rapidement par la recherche-création que par la recherche traditionnelle.

 

VR : Oui, comme un passage vers le public en accéléré. Il y a des enjeux qui sont là depuis toujours et nous allons passer des années à y travailler. Pour moi il manque cette notion d’urgence. La temporalité est un enjeu important à mon avis.

 

MMC : Moi aussi mon champ de recherche porte sur les violences faites aux femmes.  Vardit parle de dissémination et je pense que l’enjeu principal est de donner la parole aux femmes avant tout. En sciences humaines, on a des méthodes plus traditionnelles, incluant les entrevues et les trajectoires de vie. D’offrir à des femmes le pouvoir de s’exprimer par des formes artistiques permettait d’explorer de nouvelles façons d’interagir avec les participantes. 

 

VR : Ça revient à ce que je disais plutôt sur le fait que l’expérience des participantes est en soi une forme de connaissance. Ça permet de générer des données. Marie-Marthe et moi n’avons pas le même champ de recherche disciplinaire, mais cette idée de considérer les expériences vécues comme une expertise scientifiquement valable, ça nous rejoint toutes les deux.

 

MC : À votre avis, pourquoi est-il nécessaire que la problématique de la réappropriation de la maternité soit abordée dans une perspective interdisciplinaire, intersectorielle et intersectionnelle?

 

MMC : Par définition, notre thématique n’est pas un objet disciplinaire. C’est un objet qui traverse les disciplines et qui doit être abordé de différentes façons. Je le vois avec mon œil de sociologue, mais je trouve qu’il est important de le voir à travers les yeux d’autres disciplines. Je pense qu’il est essentiel que l’on puisse parler au corps médical pour traiter de cette thématique.

 

VR : Mon champ de recherche en bioéthique est en soi interdisciplinaire. Ce n’est pas une discipline, mais un regard interdisciplinaire porté sur une problématique. Ce qui fait d’une thématique un enjeu bioéthique, c’est avant tout la question. Ce qui m’interpelle davantage c’est l’aspect intersectionnel, car il y a clairement dans le phénomène des violences obstétricales un élément de race, de niveau socioéconomique, d’éducation. On voit des témoignages provenant de pays en développement qui nous montrent que le problème y est encore plus grave. Il faut aborder cette problématique avec sensibilité face au concept d’identité de la femme, de sa famille, de sa communauté, de sa culture pour mieux contextualiser notre projet.

 

FJL : Je suis du même avis que Vardit, mais j’ajouterais à notre démarche un aspect intersectoriel propre à la recherche-création. Nos trois profils nous placent déjà dans l’un des trois secteurs financés par les fonds de recherche et les grands organismes subventionnaires : les sciences naturelles, les sciences humaines et les sciences de la santé. De facto, la problématique de la Chaire qui traite de réappropriation de la maternité fait donc appel à des expertises qui viennent de ces différents secteurs auquel on peut aussi ajouter le domaine des arts.

 

MMC : Notre projet est intersectoriel aussi parce qu’il interpelle différents milieux. Le milieu médical, bien évidemment, mais peut-être pas de la même façon nos collègues de la Faculté de médecine que les sciences infirmières. Aussi on pourrait penser à d’autres secteurs d’intervention en sciences sociales, les intervenants et les groupes communautaires qui collaborent avec nous à ce projet.

MC : Jusqu’à maintenant, que retenez-vous des résidences d’artistes à la Chaire?

 

FJL : Les artistes en résidence, c’est la raison d’être de la Chaire. La contribution des artistes est fondamentale à mes yeux, non seulement parce qu’elle apporte un regard extérieur sur notre thématique, mais aussi parce qu’elle participe à la dissémination du savoir de manière beaucoup plus efficace que la publication de rapports et d’articles scientifiques visant un public d’experts. Les artistes avec lesquelles nous collaborons ont toutes des profils, des expériences et des discours différents. Cette diversité des pratiques se reflète dans la richesse des œuvres qu’elles ont produites.

 
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