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Nos corps ont leurs raisons qu’il nous faut comprendre, redécouvrir, réinventer. Écoutons leur langage, c’est la voie de la santé et de la guérison. Écoutons le langage et le rythme du monde naturel, c’est la voie de la santé et de la guérison de la terre. Le pouvoir d’être affecté et de produire des effets, le pouvoir d’être mû et de se mouvoir est faculté indestructible, constitutive de notre corps, à laquelle seule la mort met fin. Une politique immanente y réside : une capacité de transformation de notre corps, des autres et du monde.

Federici, S. (2020). Par-delà les frontières du corps. Montréal : Les éditions du remue-ménage, p. 125.

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Silvia Federici, Par-delà les frontières du corps

Les propos de la théoricienne Silvia Federici alimentent, depuis un moment, mes réflexions et ma compréhension des histoires sociales des corps au sein de la société néolibérale. Sommairement, l’auteure conçoit le corps comme une entité exploitée par le système capitaliste et marquée par des relations de pouvoir dont nous devons saisir les sources afin de nous réapproprier ses comportements et ses désirs. Federici appelle à une mise en commun des multiples récits pour prendre conscience de l’interdépendance entre le cosmos, les humains et les non humains, de même que de notre puissance collective lorsque nous nous réunissons.

 

Cette notion de dépendance mutuelle habite mes pensées depuis mars 2020, étant donné le contexte actuel qui nous amène plus que jamais à porter attentions aux mouvements de nos corps, à ce qu’ils touchent et à ce qu’ils rencontrent. Nous avons peu à peu intégré de nouvelles habitudes au courant de la dernière année qui sont devenues les gestes d’une chorégraphie quotidienne destinée à nous protéger nous-mêmes, mais également les autres. La philosophe Judith Butler mentionne dans son essai Human Traces on the Surfaces of the World que la pandémie nous a plongé.e.s, contre notre gré, dans ce rapport d’interdépendance par le biais des surfaces et de l’air.   Cette situation a, à certains égards, affaibli nos propensions à l’individualisme en démontrant notre vulnérabilité commune face au virus, mais elle a tout autant, sinon davantage, souligné les inégalités profondément ancrées dans la société. L’interdépendance n’est ni forcément uniforme ni réciproque. Butler demande : lorsque le monde « repartira », continuerons-nous dans la même direction, avec des inégalités qui vont en s’intensifiant, ou tenterons-nous une nouvelle approche dans laquelle nous prenons en compte notre égalité et notre interdépendance ? Face à cette question, et considérant la reconnaissance des violences systémiques dont sont empreintes nos infrastructures, ce ralentissement imposé par la pandémie se doit d’être une occasion d’effectuer un travail d’introspection servant à repenser notre espace politique et social.

 

Cela étant dit, j’ai parcouru les œuvres de la collection du Centre d’exposition de l’Université de Montréal à la recherche, peut-être naïvement, de mondes et de systèmes qui font écho aux propos de ces auteures au sujet de la cohabitation des notions d’individualisme et de collectivisme dans la société. Leurs pensées ont influencé la sélection des œuvres ainsi que la narration de l’exposition, qui est conçue comme un dialogue fluide estompant les barrières entre la sphère privée (personnelle et intime) et la sphère publique (commune). Les rencontres inédites entre les œuvres de l’exposition se veulent, d’une part, révélatrices de nos sensibilités communes et, d’autre part, utiles pour développer une écoute active face aux expériences distinctes de la nôtre. Nos corps ont leurs raisons qu’il nous faut comprendre représente une constellation d’idées qui vise à provoquer des échanges sur des perspectives de vivre-ensemble engagées et solidaires.

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Butler, J. (2020). Human Traces on the Surfaces of the World. Contactos. Récupéré en ligne : https://contactos.hemi.press/human-traces-on-the-surfaces-of-the-world/

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