JANICK BURN

Solaires

Je suppose – et crois fermement – que le paysage « continue » derrière le cadre, à ses côtés, loin, bien loin, encore et toujours, à l’infini. 

Cauquelin, p.106

Regarder vers la montagne. Pour en voir la cime. Reprendre la courbe et tracer un autre horizon. Pour observer le trajet du jour. Cadrer. Sans nier la continuité de l’espace, à côté, derrière, en haut, en bas. Partout. Le paysage est autour d’elle(s), le paysage est en elle(s). On entend le déploiement du corps dans l’espace, le souffle, les gestes, l’effort; le corps est présent. La lentille dialogue avec la lumière, la lentille dialogue avec le corps, la lumière et le corps se confondent. Il semble absent. Elle scintille et témoigne de sa présence. Elle est absente. On ne voit que son reflet. On le perd parfois. Puis, il réapparait. Éclats. À cette distance, les gestes semblent infimes, mais le mouvement est visible; l’espace est habité. Un corps. L’image ne le laisse pas voir, c’est à la lumière qu’elle s’accroche. Être consciente de la fragilité, la sienne, celle de la nature. Une présence. Autre et passagère, ici elle défile. L’espace est une performance collective. Le corps n’est pourtant pas image, ni même sujet. Le corps habite l’espace. Il est présence dans son absence. Mouvement. Il fait paysage.

Et de même que le lieu (topos) est, suivant la définition aristotélicienne, l’enveloppe des corps qu’il limite, de même le prétendu « paysage » (petit lieu : topion) ne serait rien sans les corps en action qui l’occupent.

Cauquelin, p.29

Maude Connolly, Sans Titre 01, Aquarelle sur papier, 21,50 x 28 cm, Don d’Alliance de recherche universités-communautés (ARUC) Tshiue-Natuapahtetau-Kigibiwewidon, © Maude Connolly, 2020. Collection d'oeuvres d'art de l'Université de Montréal.

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