Commissariée par Catherine Barnabé, l'exposition virtuelle Cadrer la nature a pris place du 1er octobre 2020 au 8 juillet 2021.

 

Quatre artistes sont allées à la rencontre d’œuvres de femmes faisant partie de la Collection d’œuvres d’art de l’Université de Montréal. Des représentations du paysage sélectionnées dans la collection ont inspiré un travail in situ réalisé durant l’été sur la montagne à proximité de l’Université.

Les œuvres de Maude Connolly, Jennifer Dickson, Jeanne Rhéaume et Andrée S. de Groot – artistes méconnues mais importantes pour l’histoire de l’art québécois – sont des représentations plutôt classiques de paysages. Travaillant pour l’occasion le geste performatif, la vidéo, la photographie et le son, Janick Burn, Hannah Claus, Ariane Plante et Ingrid Tremblay possèdent cette sensibilité aux environnements qui les entourent : ici, elles cadrent une nature bien définie, elles activent l’espace par leurs présences engagées, elles entrent en dialogues paysagés.

 

Une partie de la montagne a été délimitée pour la réalisation des œuvres, c’est autour du belvédère Outremont que les artistes devaient intervenir. Le choix d’un environnement spécifique procède d’une approche géographique de l’espace qui, ici, en explore le potentiel narratif, permettant ainsi de dévoiler les multiples couches qui le composent, de souligner les récits pluriels qui le construisent.

 

Artistes

Les recherches pratiques et théoriques de Janick Burn portent sur la relation entre le corps et le cadre, qu’elle aborde par une approche réflexive de la performance et de l’image. Son travail a récemment été exposé à Plein sud, centre d’exposition en art actuel à Longueuil et dans plusieurs expositions collectives. Elle présente régulièrement des performances dans le cadre de festivals et d’événements au Québec, et s’implique aussi au sein de divers projets autogérés en performance et en art actuel. En 2018, elle a été commissaire du volet Performance du 30e anniversaire du CIRCA art actuel. Originaire de l’Outaouais/Anishinabewaki, elle habite à Montréal/Tio'tia:ké depuis plusieurs années. Elle y a notamment complété une maîtrise en arts visuels et médiatiques en 2019.

Oeuvre : Janick Burn, Solaire, 2020

Membre de la communauté Pekuakamiulnuatsh de Mashteuiatsh, Maude Connolly (1955-) est une artiste et artisane qui pratique la technique du perlage, la sculpture, l’aquarelle ainsi que l’acrylique. Largement inspiré de sa culture et de ses traditions orales et visuelles, son travail représente souvent des scènes de la nature : la forêt à proximité de chez elle, le canotage sur la rivière, des animaux. Résidant sur la rive ouest du Pekuakami à Mashteuiatsh, là même où ses ancêtres ont toujours vécu et endroit reconnu comme un lieu de rassemblement et d’échanges commerciaux, mais surtout culturels et sociaux, elle s’assure avec ses œuvres de diffuser l’héritage de sa communauté.

Oeuvre : Maude Connolly, Sans Titre 01, Aquarelle sur papier, 21,50 x 28 cm

Détenant un diplôme universitaire en anthropologie, Ariane Plante œuvre dans le domaine artistique depuis 2006. Autodidacte, elle est commissaire et autrice puis artiste en arts sonores, médiatiques et visuels. Plusieurs fois boursière du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et de Première Ovation, son travail a été présenté au Québec, au Canada, en France et sur des plateformes en ligne ainsi que dans des publications numériques. En 2017, elle diffuse une œuvre sonore dans le cadre de l’événement Truck Stop, organisé par le Centre Clark et L’Œil de Poisson. Elle prend également part à l’exposition Extension de la pratique des idées, présentée au Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul dans le cadre de Manif d’art 8. En 2020, elle réalise une nouvelle œuvre sonore commandée par Avatar pour le projet Repères et amorce un cycle de travail sur les figures du silence et du vide dans le paysage, pour lequel elle a reçu une bourse en recherche et exploration du CALQ.

Oeuvre : Ariane Plante, À l'imprévu des forêts, 2020

Jeanne Rhéaume (1915-2000) est née et a vécu à Montréal. Elle a étudié à l'École des beaux-arts de Montréal et à la Art Association of Montreal de 1934 à 1936. Sa pratique s’articule autour de l’huile, de l’acrylique, de l’encre, de l’aquarelle, du fusain, mais également de la tapisserie. Ses sujets de prédilections sont les paysages et les natures mortes. Adepte du groupe Prisme d’Yeux et signataire du manifeste en 1948, elle quitte toutefois le Québec en 1952 pour s’installer à Florence. Elle maintient tout de même son lien avec le Canada car elle y envoie chaque année plusieurs tableaux qui y sont exposés. À la fin des années 1960 elle étudie la tapisserie en France, en Sardaigne, en Suisse et en Allemagne, puis s’installe au cœur de la campagne toscane, à Sienne, en 1970. Au cours de sa carrière, elle reçoit de nombreuses reconnaissances. Ses œuvres font parties de plusieurs collections privées et publiques.

Oeuvre : Jeanne Rhéaume (1915-2000), Oliviers et cyprès, 1953, huile sur toile, 76.20 x 64 cm

Ingrid Tremblay est une artiste québécoise/syrienne originaire de Montréal. Elle a obtenu un MFA en Sculpture de l’Université du Texas à Austin en 2018, un BFA de l’Université Concordia, ainsi qu'un B.Sc. et M.P.O de l'Université de Montréal. Elle a été récipiendaire du 2018-2019 VCUarts Fountainhead Fellowship in Sculpture. Elle a également été artiste en résidence au Djerassi (Californie), Carving Studio & Sculpture Center (Vermont), Vermont Studio Center, ACRE Project (Wisconsin) et Terra Vivente Art Studio (Italie). Elle a reçu des bourses de l’Université du Texas, du FRQSC, du CALQ et du CAC. Son travail a été présenté dans des institutions, incluant le Centre Clark (Montréal), le Visual Arts Center (Austin), le Lawndale Art Center (Houston) et le Centre Phi (Montréal). Elle sera artiste en résidence à NARS Foundation (New York) à l'automne 2020.

Oeuvre : Ingrid Tremblay, Tender light, 2020

Née en 1936 en Afrique du Sud, Jennifer Dickson a étudié au Goldsmiths’ College School of Art (University of London, Angleterre) de 1954 à 1959. De 1961 à 1965 elle se spécialise en gravure à Paris avec S.W. Hayter. C’est en 1969 qu’elle immigre au Canada et enseigne par la suite la gravure au Centre Saidye Bronfman à Montréal. En 1979, elle déménage à Ottawa où elle réside toujours. Seule canadienne à être admise à la Royal Academy of Arts de Londres en 200 ans, elle reçoit un doctorat honorifique de la University of Alberta en 1988. Dickson occupe une place importante dans l’histoire de l’estampe au Québec qu’elle réalise à partir de photographies transférées sur plaque matrice. Elle intègre parfois des modes de reproduction photomécanique à ses gravures. Elle s’intéresse principalement à l’iconographie du jardin, mais aussi à celles de l’architecture et de la sculpture.

Oeuvre : Jennifer Dickson, Lord Byron’s Wishing Garden, c. 1975, sérigraphie, E/A, 6/7, 43.63.5 cm

Hannah Claus est une artiste transdisciplinaire de descendance Kanien’kehá:ka et anglaise. Ses recherches portent sur l’idée de l’espace façonné par la langue, la culture matérielle et le lieu comme des concepts vivants et transversaux. Elle emploie une épistémologie Onkwehonwe [autochtone] afin de critiquer les récits coloniaux dominants. Élue à la confrérie nord-américaine Eiteljorg en 2019 et récipiendaire du Prix Giverny Capital 2020, ses expositions collectives récentes incluent Inaabiwin (exposition en tournée avec la Robert McLaughlin Gallery, Oshawa), Future Retrospectives (Harbourfront Centre, Toronto) et Àbadakone | Feu continuel (Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa). Ses installations se retrouvent dans plusieurs collections publiques et muséales. Claus est membre du conseil d’administration du Conseil des arts de Montréal et cofondatrice de daphne, un nouveau centre d’artistes contemporain autochtone à Tiohtià:ke (Montréal). Elle est membre de la communauté Kanien’kehá:ka de Tyendinaga – Mohawks de la Baie de Quinte.

Oeuvre : Hannah Claus,  iakoròn:ien’s [the sky falls around her], 2020

Peintre d’origine française et polonaise née à Bordeaux, Andrée S. de Groot (née Andrée Sobocki) (1908-2001) a émigré en Amérique en 1940 avec son mari et ses deux enfants lors de la Deuxième Guerre mondiale. Après un séjour au Brésil, puis en Colombie où elle enseigne les beaux-arts à l’Université de Medellín, l’artiste s’installe au Québec en 1946 avec sa famille. Sa formation à l’Académie de Montpellier et son approche l’ont amenée à adopter un éventail de styles en peinture, l’artiste s’intéressant au corps en mouvement des danseurs, à la posture des musiciens, aux portraits d’artistes ou de gens de son entourage. Parmi les différents corpus qu’a réalisés S. de Groot, on retrouve une série de paysages, dont l’aquarelle Mont Saint-Pierre (1972), que l’artiste a sans doute peint à la suite d’un voyage en Gaspésie. Elle est la grand-mère de l’artiste québécoise Raphaëlle de Groot. 

Oeuvre : Andrée S. de Groot, Mont Saint-Pierre, 1972, aquarelle sur carton, 56,4 x 71,7cm.

La commissaire

Catherine Barnabé

Catherine Barnabé est commissaire et traductrice indépendante. Elle a cofondé en 2012 Espace Projet dont elle est la codirectrice et commissaire de l’art actuel. Elle est diplômée de la maîtrise en études des arts (Université du Québec à Montréal, 2011) et du diplôme en traduction (Université Concordia, 2017). Ses textes ont été publiés notamment par Spirale, esse, ETC., Artexte, Est Nord-Est et dans des catalogues d’expositions. Son travail de commissaire a été présenté à Montréal, à Laval, à Toronto, en France et à New York. Elle a effectué des résidences de commissariat à Est Nord-Est (Québec) en 2012, à Linea de Costa (Espagne) en 2015, à ISCP (New York) en 2016 et aux Maisons Daura (France) en 2019. Sa pratique commissariale s’articule autour de la notion de géographie. Depuis 2017, elle est traductrice spécialisée en arts visuels.

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